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douleur et Hypnose

              L’HYPNOSE DANS LA DOULEUR CHRONIQUE

 

C’est l’histoire de patientes suivies en consultation douleur d’un hôpital francilien  qui partagent avec leur médecin hypnothérapeute leur vécu expérientiel de l’hypnose médicale. Chaque patiente avait eu au préalable trois séances d’hypnose en individuel avant d’intégrer le groupe.

Les patientes élaborent sur ce que l’hypnose leur a apporté dans la relation thérapeutique, dans la perception et le vécu de leur douleur.

En tant qu’observateur extérieur, je pouvais déjà palper le bain relationnel de ce groupe et une dynamique se tissant progressivement, en devenir.

Je perçois très vite dans leur énoncé que la confiance en leur médecin est l’élément déterminant, le primum movens à toute réussite thérapeutique.

Les patientes relatent l’histoire de leur maladie. Le poids, le retentissement de la douleur, sa chronicité sonnent lourdement dans l’atmosphère tels le bruit grave d’un gong. Je constate le cheminement périlleux de ces patientes avec des traitements médicamenteux partiellement efficaces, une altération sensible de leur psychisme et de leur vie sociale.

Deux définitions de la douleur me paraissent nécessaires, avant de continuer mon propos :

         « La douleur n’est pas seulement sensation, mais aussi émotion laissant donc émerger la question du sens et au-delà, elle est perception, c’est à dire activité de déchiffrement de soi et non décalque d’une altération somatique »  (1).

« Elle est donc ce que la personne qui en est atteinte dit qu’elle est. La douleur chronique ou syndrome douloureux chronique est un syndrome multidimensionnel, lorsque la douleur exprimée, quelles que soient sa topographie et son intensité, persiste ou est récurrente au-delà de ce qui est habituel pour la cause initiale présumée, répond insuffisamment au traitement, ou entraîne une détérioration significative et progressive des capacités fonctionnelles et relationnelles du patient » (2).

 

On voit bien que l’émotion, la subjectivité du sujet sont effectivement inhérents à l’expérience de la douleur chronique comme le relate les définitions ci-dessus.

Les patientes de ce groupe rapportent véritablement une grande libération, une amélioration de la douleur dans le fait d’avoir été entendues et écoutées dans leur subjectivité et leur globalité et pas seulement en tant qu’un bras ou un dos en souffrance. Etre entendue dans son vécu global, c’est permettre une moindre focalisation sur une partie de soi fut-elle un membre ou une jambe. C’est élargir le champ perceptif et sensitif qui devient pourvoyeur de solutions et de guérison. Cette écoute centrée sur la personne a réellement permis à ces patientes de sortir d’un sentiment de solitude et d’isolement douloureux. Un sens à leur douleur devient alors palpable pour elles.

L’hypnose a cet avantage d’aller au cœur de la subjectivité du sujet et comme le dit si bien Schopenhauer : « Le sujet est le substratum du monde, la condition invariable, c’est cette présence implicite qui sous-tend tout »(3). L’hypnose permet alors de mettre du mouvement là où se loge les rigidités, de permettre aux personnes de s’approprier leurs ressentis et d’être davantage en lien avec elle-même dans une globalité corps-psyché. En effet, une partie du corps en souffrance, est une partie dissociée qui a besoin de réintégrer le tout. Que la douleur soit foncièrement organique, identifiée ou pas, le travail en hypnose incorpore fondamentalement cette notion.

Aussi, les participantes vantent le mérite thérapeutique d’une pédagogie didactique de la douleur ce qui leur a permis de se sentir impliquées, de ne plus subir et d’être actrices de leur vie.

L’apprentissage de l’autohypnose consolide ce sentiment qui permet de sortir d’une forme d’impuissance.

L’hypnose leur a permis aussi de s’extraire de l’anticipation douloureuse en leur permettant de vivre et d’habiter leur corps dans l’instant. Les patientes sont de moins en moins dans la représentation douloureuse qui augmente l’intensité de la douleur et altère la qualité de vie.

Pendant tout cet échange, le médecin note les mots au fur et à mesure, les expressions verbales de ses patientes avant de commencer la séance d’hypnose de groupe. Il utilise alors leurs mots dans ses suggestions hypnotiques pour les toucher profondément dans leur sensibilité et ressenti. En effet, leurs propres mots font écho plus efficacement. Un mot dit n’est jamais anodin, il interpelle tout un imaginaire, une symbolique enracinée dans le corps du sujet et de son vécu.

C’est ainsi que le discours du patient, sa narration sont à prendre compte dans un travail d’hypnothérapie comme cela se déroule également dans la thérapie narrative.

Je me suis alors intéressée pour en savoir plus à l’apport scientifique, psychanalytique et poétique sur le langage.

Jean Piaget a mis en exergue le lien entre le sensoriel et le moteur, la symbolique et la représentation dans la construction du langage, ce sensorimoteur qui fait indéniablement partie de la manifestation douloureuse. Il en dit : « (…) Il y a (…) une parenté entre l’intelligence sensorimotrice et la formation du langage ; la formation de la fonction symbolique qui est un dérivé nécessaire de l’intelligence sensorimotrice, permet l’acquisition du langage »(4).

 

Le psychanalyste jacques Lacan a affirmé que « l’inconscient est structuré comme un langage »(5). Et on sait combien est l’implication du psychisme dans la douleur chronique.

Et c’est René Char qui très poétiquement en dit : « les mots qui surgissent savent de nous des choses que nous ignorons d’eux »(6).

Et c’est dans une atmosphère très calme que se clôture cette rencontre et d’autres séances sont prévues pour consolider cet apprentissage de l’hypnose.

 

Références

1- David Le Breton-2004

2-Haute Autorité de la Santé, douleur chronique, Consensus formalisé, décembre2008.

3- Arthur Schopenhauer, « Le monde comme volonté et comme représentation » (Die Welt als Wille und Vorstellung, 1813)

4-Jean Piaget, « Schèmes d’action et apprentissage du langage », 1975, in Théories du langage. Théories de l’apprentissage, Points, 1982, p. 250.

5-Jacques Lacan, « L’étourdit », Autres écrits, Seuil, 2001, p449-495

6-René CharSept saisis par l’hiver, dans Chants de la Balandrane, Gallimard, 1977, p. 16.